Salle des Actes

Ancienne salle du conclave de l’évêque qui y réunissait son clergé au 17 et 18e siècle, la salle des actes est depuis la Révolution, la salle de soutenance des thèses de la Faculté. C’est là, qu’habillé(e) de la célèbre robe de Rabelais, l’étudiant(e) qui vient d’être reçu(e) docteur, est invité(e) à lire le serment d’Hippocrate.
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A Montpellier, les étudiantes et les étudiants revêtent pour ce moment solennel la robe de Rabelais, ancien étudiant et enseignant de la Faculté, dont une copie du 19e est conservée dans la salle.
Ancienne salle du conclave des évêques, la Salle des Actes est depuis plus de 200 ans le lieu de soutenance des thèses sous le regard des 91 tableaux des professeurs du 19e, et la plupart des Doyens du 20e siècle, « sous l’effigie d’Hippocrate », un buste antique datant du 1er ou 2nd siècle, offert à la Faculté par Bonaparte en 1801.
Père de la médecine moderne, Hippocrate, médecin grec du Ve siècle avant J.-C., est un pionnier de la médecine rationnelle. Avant lui, la médecine était principalement magique, fortement influencée par des croyances religieuses et des pratiques rituelles.
Hippocrate a introduit l’idée que les maladies avaient des causes naturelles et non divines, marquant ainsi la rupture avec la médecine magique et le passage à une approche scientifique.
Les bustes d’Asclépios et d’Hygie : symboles de la médecine antique
En plus du buste d’Hippocrate, la salle abrite le buste d’Asclépios (Esculape), fils d’Apollon et Dieu de la médecine, et le buste d’Hygie, sa fille, Déesse de la santé et de la prévention (tandis que sa sœur, Panacée, Déesse des remèdes, incarne la thérapeutique et le remède universel, également appelé « la panacée »).
Chaptal a fait réaliser ces deux bustes en 1803. Ils sont un rappel de l’héritage intellectuel de la médecine antique. Hippocrate est ainsi considéré par les historiens comme étant le 17e descendant d’Asclépios, médecin célèbre ayant très certainement existé dans l’antiquité avant d’être déifié par la tradition. Il est à noter que le corpus hippocratique fut enseigné officiellement à Montpellier de la fondation de l’Université jusqu’à la Révolution, et que Barthez théorisa, dans la seconde moitié du 18e siècle, le vitalisme, une doctrine « néohippocratique » faisant la jonction entre Hippocrate et les sciences modernes (chimie, physique, biologie).
Le serment d’inspiration hippocratique
En 1804, le conseil de l’école de médecine institue la lecture d’une version moderne du serment d’Hippocrate clôturant la soutenance de la thèse. Inchangé au mot près à Montpellier encore aujourd’hui, ce serment serait la première utilisation connue de l’histoire d’un serment hippocratique dans la formation universitaire des médecins. Le serment de Montpellier inspira le serment des autres facultés françaises, de même que le serment du conseil national de l’ordre des médecins. L’apparition de ce serment s’inscrivit à Montpellier dans une réaffirmation de l’héritage hippocratique au tournant du siècle des Lumières, à côté de l’œuvre vitaliste du médecin philosophe Barthez, du buste antique d’Hippocrate, et des bustes à l’antique d’Asclépios et d’Hygie, offerts à la Faculté par le gouvernement français.

L’architecture de la Salle des Actes: une chapelle transformée en lieu dédié à la médecine
À première vue, son architecture rappelle celle d’une chapelle, et pour cause : il s’agissait initialement de la salle synodale (ou se réunissait le conclave de l’évêque) et peut-être aussi de la chapelle privative des évêques. Des fresques (grisailles) représentent les Saints Patrons des évêques restaurateurs du lieu au 17e siècle : Saint Charles Borromée à gauche (patron de l’évêque Charles de Pradel, qui fut chargé par Louis XIV de construire l’hôpital général de Montpellier) et Saint François de Paule à droite (patron de l’évêque François du Bosquet).
Après la Révolution, elle devient la salle solennelle pour les soutenances de thèse et les cérémonies de la Faculté.
Un des éléments marquants de cette salle est la robe de Rabelais, une toge rouge traditionnelle que l’on associe à l’illustre écrivain et médecin François Rabelais, qui étudia à la Faculté de Médecine de Montpellier au 16e siècle. Cette robe, dont les archives mentionnent en 1612 qu’elle avait pris le nom de robe de Rabelais, existe probablement depuis le moyen-âge. Elle témoigne de l’attachement de la Faculté à la figure rabelaisienne dès 1612 et jusqu’aujourd’hui.
Cette robe est entourée d’une anecdote particulière : au fil des ans, les étudiants en prenaient symboliquement un morceau, probablement pour conserver un souvenir de leur passage à la Faculté. Avec le temps, la robe était devenue très abîmée. Le chancelier Ranchin décida d’en refaire une nouvelle en 1612. Cette robe rouge, portée lors des cérémonies solennelles, a été transmise et renouvelée au fil des siècles, faisant le lien entre l’histoire de la Faculté et la modernité de son enseignement. Aujourd’hui, elle reste un symbole d’unité et d’authenticité pour la communauté académique, portant en elle l’héritage de Rabelais et des premières générations d’étudiants.
91 tableaux mais 92 personnes
Une femme est représentée dans un tableau, celui de son mari professeur à la Faculté. Il s’agit de Glafira Ziegelmann, une étudiante russe inscrite à la Faculté en 1894, première femme reçue au concours de l’internat des hôpitaux de province en 1896, première femme reçue au concours de cheffe de clinique, et première femme osant se présenter en France au concours de l’agrégation de médecine. Elle fut brillamment reçue à l’écrit (anonyme) en 1910, mais le jury parisien lui demanda de ne pas se présenter à l’oral étant une femme. Elle eut le courage de se présenter mais ne fut pas reçue… Au décès de Glafira et de son mari, le Professeur Amans Gaussel, leurs enfants émettront le souhait que leur mère soit représentée auprès de son mari dans le tableau des professeurs de la salle des actes. Cette femme pionnière de la médecine incarne le plafond de verre marquant la progression académique des femmes médecins. Son nom fut attribué à l’un des amphithéâtres du nouveau campus santé, inauguré en 2020 en présence de ses descendants.
Notons que la première française reçue docteur en médecine fut Madeleine Brès en 1875, et que la première doyenne présidente de la conférence nationale des doyens et doyennes de Faculté de médecine fut élue en 2025, 150 ans après (Isabelle Laffont, doyenne de la Faculté Montpellier-Nîmes).
Le tableau de Jean-Antoine Chaptal, ministre de Bonaparte
Au dessus de la porte d’entrée trône le tableau de Chaptal (1756-1832). Chaptal est la 3e personnalité lozérienne marquante de la Faculté, avec le pape Urbain V et le grand chirurgien Gui de Chauliac. Médecin formé à la Faculté, il s’orientera vers la chimie et en deviendra le professeur. Ses connaissances en chimie le conduiront à gérer la poudre à canon lors des guerres révolutionnaires, et à développer l’industrie chimique française. Il est le théorisateur d’un processus bien connu des vignerons et participant à l’essor de l’économie viticole locale: la chaptalisation (l’augmentation du degré alcoolique par fermentation des levures après adjonction de sucre dans le vin)!
Chaptal est le ministre de l’intérieur du consul Bonaparte entre 1800 et 1804. Son portefeuille était le plus important du gouvernement, incluant notamment l’administration territoriale, l’ordre public, l’économie et l’industrie, mais aussi l’instruction publique, l’enseignement supérieur et la santé. Il peut être considéré comme le premier ministre. On doit à Chaptal probablement d’avoir agi dès la Révolution auprès du gouvernement pour obtenir le transfert de l’école de santé dans l’évêché confisqué à l’église, mais on lui doit aussi possiblement le don du buste d’Hippocrate par Bonaparte, et on lui doit de manière certaine la commande des bustes d’Asclépios et d’Hygie mais aussi des quatre autres bustes en terre cuite de la salle des actes, la reconstruction de la masse de cérémonie médiévale fondue à la Révolution, l’amphithéâtre de la Faculté (theatrum anatomicum), ainsi que la reconstitution de la bibliothèque historique et la création du conservatoire d’anatomie, conformément à sa politique d’éducation menée à l’échelle du pays et bénéficiant aux villes universitaires.
On lui doit par ailleurs la refonte de tout l’enseignement supérieur préfigurant l’Université impériale de 1808, incluant la standardisation du costume universitaire (en premier lieu pour les écoles de santé dès 1803, dont le costume reste inchangé aujourd’hui), l’universitarisation des études de maïeutique (sage-femmes) intégrées aux écoles de santé dès 1803, et la création des écoles de pharmacie (les 3 premières créées par le même décret furent celles de Montpellier, Paris et Strasbourg ; celle de Montpellier occupant le Collège Royale de Médecine (actuelle Panacée), laissé vacant par l’école de médecine).







