Cour d’Honneur

Observez autour de vous, les murs nous parlent ! La cour d’honneur montre les traces de l’évolution architecturale des lieux en lien avec l’Histoire :

  • la Guerre de cent ans et la construction du collège-monastère Saint Benoît Saint Germain par le pape Urbain V qui l’inaugure en 1367, pour faire revenir les étudiants à Montpellier (recherchez ses vestiges du 14e siècle : fenêtres étroites ornées d’un « trilobe » et traces de l’ancien cloître)
  • la Renaissance qui voit l’église devenir Cathédrale lorsque l’évêque prend possession de ce bâtiment en 1536
  • les Guerres de religion entre catholiques et protestants qui mettent l’évêché et la cathédrale en ruine en 1567
  • les 17 et 18e siècles où les évêques reconstruisent un somptueux palais épiscopal (observez les nouvelles fenêtres à l’italienne, ces grandes fenêtres rectangulaires qui dessinent des différences de niveau avec les baies médiévales ; observez même les différences de toiture parfois, comme sur le mur de la tour Urbain V entre la cathédrale et la salle des actes)
  • la Révolution, qui y installe l’école de santé en 1795, avec son « nouvel » amphithéâtre de style néo-antique (en hommage à Hippocrate?)
  • jusque la fin du 19e siècle, représenté par la nef et la rosace de la Cathédrale : de style néo-gothique, elles sont achevées en 1875!

Les différents styles rappellent les presque 7 siècles d’existence de ce bâtiment, l’un des plus anciens bâtiments universitaires d’Europe encore existant.

La cathédrale Saint-Pierre : une chapelle universitaire devenue forteresse

Le bâtiment universitaire est étroitement lié à la cathédrale Saint-Pierre, puisque l’église originelle (église Saint Benoît) fut construite en même temps que le collège-monastère, et fut intégrée dans un ensemble cohérent.  Initialement église universitaire (les étudiants protégés par l’œuvre d’urbain V à Montpellier, dont les étudiants en médecine, étaient tenus d’assister quotidiennement à l’office), elle devient la cathédrale de Montpellier lors du transfert de l’évêché au début du 16e siècle.
Lors des guerres de Religion, la cathédrale subit de lourds dommages. Les protestants la pillent et la mettent à sac, la laissant en ruine pendant près d’un siècle. Ce n’est qu’au 17e siècle que les évêques entreprennent sa reconstruction, ajoutant des éléments architecturaux comme de nouvelles fenêtres et des étages.
La cathédrale conserve aujourd’hui son caractère imposant avec un porche monumental d’origine, qui suggère qu’Urbain V souhaitait laisser une œuvre conséquente. Ce porche, bien que n’ayant pas de véritable fonction défensive, ajoute à l’aura impressionnante du bâtiment.

Anecdotes

Choretto / Galerie du cloître

Ses 4 baies médiévales sont inspirées par le vestige de l’ancien cloître qui faisait le tour du collège Saint Benoît sur deux niveaux. On y disséqua à l’installation de la Faculté à la Révolution, avant de le réattribuer à la cathédrale en 1823 !

Observer les 6 époques architecturales s’échelonnant sur 6 siècles

  • Style gothique méridional : les murs de la cour et les fenêtres étroites surmontées d’une forme avec trois demi-cercles (trilobe) datent du 14e siècle, comme la partie la plus ancienne de la cathédrale (église Saint Benoît, alors abbatiale du collège Saint Benoît Saint Germain) et ses 4 tours carrées dont une, la tour Urbain V, adjacente à la salle des actes de la Faculté, est restée intacte après le siège des protestants en 1567. Au dessus du toit de la salle des actes refait à partir du 17e siècle, on perçoit, lorsqu’on se place sur les marches extérieures du theatrum anatomicum, des alcôves correspondant aux anciennes chambres des étudiants (l’aile du bâtiment située rue école de médecine était dédiée aux étudiants lorsqu’il s’agissait d’un collège).
  • Style néo-gothique : la nef de la cathédrale avec la rosace ont été construites entre 1855 et 1875! Noter le changement de coloration des pierres. Les tuiles sont assez incongrues pour le Midi de la France, puisque vernissées, elles figurent plutôt l’architecture des hospices de Beaune!
  • Style néo-classique : le theatrum anatomicum commencé en 1802 et inauguré en 1806, on pourrait se rêver à imaginer qu’il rend hommage à la médecine antique grecque!
  • Style classique : les grandes baies à l’italienne de forme rectangulaire ont été creusées au 17/18e, lorsque les évêques réhabilitèrent le bâtiment sévèrement endommagé par les guerres de religion. On note l’esprit d’ouverture et de lumière comparées aux baies médiévales dont certaines subsistent, à différents niveaux, permettant de comprendre par ailleurs les modifications opérées dans les différents niveaux d’étage.
  • Adjonctions récentes : on notera le grand escalier d’honneur construit dans la seconde moitié du 19e, et une partie récente construite entre la fin du 19e et le 20e, à l’angle gauche du theatrum, à la jonction avec l’aile Ouest du bâtiment, abritant les laboratoires d’une toute nouvelle discipline médicale émergeant à cette époque : l’histologie (l’étude des tissus, avec sa version pathologique : l’anatomie pathologique, ou « anapath »)

La transformation après la Révolution : de collège à Faculté de médecine

Après la Révolution française, le bâtiment subit une transformation majeure. En 1795, avec la confiscation des biens de l’Église, l’ancien collège est attribué à la nouvelle École de Santé fondée en 1794 (qui est le trait d’union entre l’ancienne université médicale et la future faculté de médecine). Ce transfert est symbolique, car il marque le retour à la vocation universitaire première du lieu, un collège. Néanmoins, l’Evêque étant le chef suprême des universités, en quelque sorte équivalent au recteur d’académie actuel (hiérarchiquement au dessus des chanceliers et des doyens des universités), l’évêché pouvait être considéré un peu comme le rectorat aujourd’hui! Il était ainsi fréquenté protocolairement par la communauté universitaire tout au long de l’année scolaire.

Le célèbre chimiste et homme politique Jean-Antoine Chaptal, qui a joué un rôle clé dans la réorganisation des institutions sous Bonaparte, a facilité cette transformation. Chaptal est aussi à l’origine de nombreuses réformes industrielles et éducatives. Son portrait est accroché dans la Salle des Actes, et son buste est exposé au centre sous le pronaos du theatrum.