Musée Orfila Rouvière

Ce musée abrite une partie de la donation faite par l’Université Paris Descartes en 2011 des collections des Anciens Musées Anatomiques Delmas, Orfila, Rouvière (AMADOR). Parmi ces pièces, un gorille en papier mâché de Louis Auzoux et des pièces anatomiques réalistes en cire du 19e siècle, montrées dans le musée itinérant de Pierre Spitzner.

Un immense don de plus de 8000 pièces à l’origine des Anciens Musées Delmas-Orfilla-Rouvière (AMADOR)

En 2011, la Faculté de Médecine accepte un don exceptionnel : celui des collections des anciens musées anatomiques Delmas-Orfila-Rouvière, autrefois situés dans les locaux de la Faculté de Médecine de l’Université Paris Descartes, ensemble estimé à plus de 8 000 pièces datant des 19e et 20e siècles. Par ce don, la collection anatomique de Montpellier s’élève désormais à plus de 13 600 pièces classées au titre des monuments historiques, l’une des plus importantes d’Europe.

Trois médecins anatomistes ont participé à l’enrichissement des collections parisiennes au cours des 19e et 20siècles : Mateu Josep Bonaventura Orfila, médecin fondateur du cabinet d’anatomie de l’école de santé de Paris en 1844, puis Henri Rouvière (1876-1952) et André Delmas (1910-1999), tous deux médecins anatomistes formés à la Faculté de médecine de Montpellier.

Seules les pièces les plus imposantes sont exposées, toutes les autres attendent un écrin digne de ce nom pour se montrer.

Le gorille de Louis Auzoux

Ce modèle anatomique du Docteur Louis Auzoux est un écorché grandeur nature exposant toute la complexité anatomique de l’animal.

Napoléon III avait reçu un gorille femelle en cadeau diplomatique du Gabon. Après avoir confié son souhait à l’Empereur de disséquer un grand singe, Louis Auzoux a eu la chance d’obtenir, à la mort de l’animal en 1863, le gorille dans un tonneau d’alcool transporté du Gabon.

Ce modèle d’anatomie clastique grandeur nature aurait été achevé entre 1866 et 1867.

Lexique :

Ecorché : modèle anatomique (dessin, sculpture) dont le revêtement cutané (la peau) est retiré afin de dévoiler les muscles et les tendons

Demi-écorché : la peau n’est retirée que sur une moitié du corps, ce qui permet de comparer, d’un côté, les muscles et les tendons, et de l’autre, la surface du corps ; ces demi-écorchés étaient très utilisés dans les écoles des beaux-arts, utiles aux artistes pour comprendre l’anatomie des nus qu’elles ou ils dessinaient

Modèle clastique : modèle anatomique démontable, permettant de montrer les différentes parties anatomiques qui s’emboîtent les unes aux autres

La collection Spitzner, unique en son genre

À cet ensemble pédagogique remarquable s’ajoute une collection particulière provenant du musée forain de Pierre Spitzner (1833-1896). En 1856, il fonde le Grand musée anatomique et ethnologique à Paris, qui deviendra par la suite un musée anatomique forain itinérant en Europe du Nord, avant de s’installer définitivement à Bruxelles dans les années 1920 à 1960. Les musées forains ayant pour vocation de toucher le grand public des champs de foire en tant qu’objet d’attraction à but lucratif, certaines pièces de la collection (299 pièces) sont de nature spectaculaire comme les Venus.

La Vénus endormie du musée anatomique forain de Pierre Spitzner

Automate en cire disposant d’un mécanisme de respiration artificielle, la Vénus endormie servait à attirer la curiosité du public pour l’inviter à entrer à l’intérieur de la baraque foraine de Pierre Spitzer. 150 ans plus tard, elle fait penser aux mannequins de simulation haute-fidélité utilisés aujourd’hui pour les études de santé, mannequins réalistes pourvus également d’un système mimant la respiration.

La baraque foraine de Spitzner présentait l’actualité scientifique et médicale de l’époque, ainsi qu’un large panorama des pathologies courantes intitulé « collection d’hygiène sociale », à des fins de moralisation et d’éducation.

Venez découvrir la série sur les accouchements!

Commentaire sur les « Venus anatomiques » : ces maquettes anatomiques étaient destinées à l’origine à l’observation des viscères (organes internes). Elles sont appelées Venus car il s’agit pour une grande majorité d’entre elles de sujets féminins. Ces Venus trouvent leur origine dans l’Italie du 18e siècle. Le pape Benoît XIV à Bologne, puis le grand-duc de Toscane Léopold Ier à Florence (futur empereur Léopold II), commandèrent ces maquettes dans l’objectif d’éduquer le grand public à l’anatomie scientifique. Ce projet intellectuel s’inscrivit dans le siècle des Lumières, avec un objectif scientifique : sortir de l’obscurantisme. Le pape bolonais demandait même à son clergé de faire la promotion auprès des fidèles, du don du corps à la science. Notons que ces maquettes ne furent jamais destinées à l’enseignement des médecins, ceux-ci bénéficiant de séances de dissection réelle. Les historiens proposent comme hypothèse que ces Venus étaient le plus souvent des femmes parce que la beauté féminine revêtait une importance particulière pour l’art italien. Hors, il était important que la beauté marqua ces maquettes pour apaiser l’observation des viscères, parfaitement réalistes, et peu ragoûtant.