La plaque commémorative du 8e centenaire de l’Université de médecine de Montpellier

Fondée le 17 août 1220, la Faculté de Médecine de Montpellier est la première université de médecine du monde fondée par des statuts juridiques officiels au sens moderne du terme.

L’enseignement structuré de la médecine par des communautés de maîtres n’a pas été inventé à Montpellier. Il remonte à l’antiquité (écoles hippocratiques de la Grèce antique à Cos, Cnides ou Rhodes) ou au moyen-âge (enseignement extrêmement organisé dans la Chine impériale de la dynastie Tang, ainsi que dans le monde perse et arabe (Fès) où était délivré un enseignement clinique proche de nos hôpitaux universitaires modernes). Des écoles de médecine dirigées par des maîtres se développèrent en Europe plus tardivement, essentiellement à Salerne au sud de Naples (11e siècle). A Montpellier, ces écoles se développèrent à partir du 12e siècle, notamment sous l’impulsion de la politique libérale des seigneurs de la ville, les Guilhem, dont la charte de Guilhem VIII indique en 1181 que « toute personne quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne, pourra diriger une école de médecine ». Médecins et savants juifs s’installent à Montpellier, apportant la science arabe d’Andalousie, et se confrontent aux médecins chrétiens passés par Salerne. La voie Domitienne construite par les romains traverse Castelnau au nord de Montpellier, faisant transiter les pèlerins du chemin de Compostelle d’Orient et d’Italie vers l’Espagne. Ils y trouvent une étape médicale utile, et les malades guéris reprennent la route, contribuant à la renommée de la ville !

Le 17 août 1220 : une révolution dans l’enseignement de la médecine qui devient une discipline universitaire au sens moderne du terme !

Impulsées par la politique des Guilhem, les écoles de médecine se multiplient pendant 40 ans et la qualité de l’enseignement varie certainement beaucoup, laissant place même très probablement à un certain charlatanisme. Surtout, la ville alors administrée par les rois d’Aragon, menace de basculer dans l’hérésie cathare. Le pape Honorius III missionne son légat, le cardinal Conrad d’Urach, pour aller combattre le catharisme en Languedoc « par tout moyen ». La première action de Conrad, lorsqu’il arrive en Languedoc, est de fonder « l’Université des médecins, à la fois des maîtres et des étudiants, de Montpellier. » L’église romaine rédige alors l’un des tout premiers textes chrétiens élogieux à l’égard de la médecine : la médecine est créée par Dieu, son exercice rend les gens meilleurs, à partir d’aujourd’hui, l’église romaine protègera l’enseignement de la médecine de manière perpétuelle.

En affirmant le monopole de l’enseignement de la médecine, l’église contrôle qui enseigne et qui étudie. C’est l’exact opposé de la charte de tolérance de Guilhem VIII. Elle peut ainsi exercer un contrôle sur la population cathare d’Occitanie : les médecins ne l’aideront plus, notamment à l’approche de la mort, où ils étaient indispensables pour déterminer un pronostic et conseiller en quelque sorte le vœu du consolamentum, seule issue spirituelle possible pour les parfaits cathares.

Maîtres et étudiants restent laïcs mais sont apparentés au clergé. Ils sont protégés des lois de la cité, c’est l’origine de la « liberté académique ». L’église romaine institue un équilibre subtil entre ce qui relève de l’autorité de l’évêque (le moral et le politique), et ce qui relève de l’autorité de l’Université (l’expertise scientifique et pédagogique). Aussi, pour la première fois de l’Histoire, les étudiants en médecine sont identifiés comme des usagers d’un système pédagogique, et sont protégés à ce titre par la loi : les conflits entre étudiants et enseignants pourront se résoudre sur une base juridique, que les étudiants ne cesseront de construire et de modifier jusqu’aujourd’hui.

Dans la nomenclature historique des universités, Montpellier fait partie des 4 universités dites de « naissance spontanée » car ayant reçu, les premières, des statuts juridiques fondateurs au 13e siècle, après une période d’enseignement au 12e siècle !

Ces 4 universités sont Bologne et Oxford pour le droit, et Paris pour la théologie et les arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique – en somme le langage et la philosophie – ; arithmétique, géométrie, astronomie, musique – les sciences mathématiques – ; les arts libéraux sont considérés comme les matières fondamentales du lycée). La médecine fut la dernière discipline érigée au statut universitaire, peut-être car s’intéressant au corps et à l’individu, lorsque le droit s’intéresse au collectif et à la société, et la théologie, la philosophie et les mathématiques, à la spiritualité et à l’universel.

Les universités fondées officiellement après ces 4 universités, et recevant une légitimité universelle (car fondées par le pape ou l’empereur) seront des universités par migration (Paris -> Angers, Bologne -> Padoue, Oxford -> Cambridge), puis surtout des universités par création (Toulouse en 1229 pour contrecarrer l’hérésie cathare encore, ou Naples, fondée par l’empereur en 1224 pour affirmer son autorité contre le pape…). Mais il faudra attendre surtout le dernier tiers du 13e siècle pour que d’autres universités, comme Bologne et Paris, structurent l’enseignement de la médecine comme à Montpellier.

Une activité continue sur plus de 800 ans

Montpellier est par ailleurs la seule université de médecine à avoir conservé une activité continue, même pendant les périodes les plus troublées de son histoire comme les guerres de religion, la Révolution française, et l’occupation allemande. Pendant la Révolution, alors que toutes les universités françaises furent fermées entre 1792 et 1794, celle de Montpellier parvint à maintenir ses activités grâce au soutien de la municipalité, qui remplaça le financement royal.

Les archives de la Faculté conservent avec les archives départementales de l’Hérault et les archives municipales de Montpellier, un riche patrimoine documentaire, dont plusieurs copies anciennes (13/15e siècle) authentifiées des statuts originaux de 1220, prouvant ainsi l’ancienneté et la continuité de cette institution.

Ce patrimoine documentaire candidate à son inscription au registre mémoire du Monde de l’UNESCO depuis le 1er décembre 2025, candidature soutenue par l’état français, et portée par la Faculté de Médecine et l’Université de Montpellier, la Ville et la Métropole de Montpellier, les Archives Départementales et le Département de l’Hérault.